top of page

So long, la Renarde...

  • Photo du rédacteur: Anne Le Maître
    Anne Le Maître
  • 18 déc. 2025
  • 2 min de lecture

"Ma renarde,

pose ta tête sur mes genoux

Je ne suis pas heureux

et pourtant tu suffis".


Joëlle Brière, poète, éditrice et illustratrice, nous a quittés ce dimanche. Elle avait fondé sa maison d'édition, La Renarde Rouge, en 1994, empruntant son nom à un poème de René Char tiré des Feuillets d'Hypnos.

Au fil des années, elle a offert à de nombreux artistes le refuge précieux de son épais papier crème, de ses polices soignées, de ses encres noires et rouges. J'y ai pour ma part publié quatre livres dont chacun fut une aventure de littérature et d'amitié.  D'abord en 2012 le carnet-poème Dix leçons de Jacinthe (ma première publication en poésie), puis les trois volets de ce que j'ai pensé comme une "trilogie du sensible" : Notre-Dame des Ronces (2015), Fenêtres (2016) et Tous les jours l'été (2019).


ree

La Renarde Rouge était une structure associative, au service de la poésie, de la beauté, de la rencontre. Joëlle Brière était une amie, et une merveilleuse passeuse, et aussi une autrice précieuse, et une illustratrice délicate. L'un de mes livres préférés, qui n'est jamais très loin de moi, que je reprends souvent, reste à jamais son texte Celui qui lit, accompagné des élégantes calligraphies de Patrick Cutté :


"Celui qui lit ne sait rien de la page


qu'il n'a pas encore tournée. Il a toujours


le coeur nu. Il est toujours au pied de l'échelle


voyageuse, entre l'infime et l'infini. Il veille


entre les mots. Le parfum de l'encre,


de la colle et du papier lui tenant lieu de lande,


de rivière, de chevaux, de clairière,


de caresses inoubliables..."


L'aventure continue, sans elle mais en partie grâce à elle et de toutes celles et tous ceux qui ont su nous conserver l'énergie d'écrire, de lire, de partager, de publier. La poésie s'écrit chaque jour, elle se lit à voix haute, elle se publie chez de merveilleux éditeurs qui se battent chaque jour pour faire circuler les mots. Et le monde en est plus habitable. Merci Joëlle.


" Ce soir-là, l'encrier était sur la table.


Soir de village enclos. Soir sans oracle.


Et pourtant, ce fut ce soir là qu'elle choisit


pour bondir. L'encre était rouge… "



ree

2 commentaires


Tania
24 déc. 2025

Je viens de sortir "Dix leçons de jacinthe" - lisons, relisons. Douces pensées pour toi qui as perdu une amie poète.

J'aime
Anne Le Maître
il y a 6 jours
En réponse à

"Faites semblant de pleurer, braves gens, puisque les poètes ne font que semblant d'être morts"... C'est Cocteau qui écrit cela dans Orphée, ce qui est joli mais ne console de rien.

Mais les poètes ont cette générosité de nous laisser leur oeuvre, leurs mots. Alors oui : lisons et relisons.

Merci Tania, de ces pensées.

J'aime

© 2035 par Charlie Morin. Créé avec Wix.com

bottom of page